2020

ALLOCUTION COMMUNE ÉTAT-PAYS - Point sur la situation sanitaire de la COVID 19 en Polynésie française

 
 
 ALLOCUTION COMMUNE ÉTAT-PAYS - Point sur la situation sanitaire de la COVID 19  en Polynésie française

Déclaration de M. le Haut-Commissaire de la République

Mesures de lutte contre le covid-19

Vendredi 16 octobre 2020

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Vice-Président,

Mesdames, Messieurs,

Nous voici réuni une fois de plus pour faire le point sur la situation sanitaire du territoire.

Nous constatons depuis 10 jours une aggravation brutale de l’épidémie sur le fenua. Depuis la fin juillet nous en sommes à 3 735 cas actifs

En effet, le nombre de cas actifs depuis le weekend dernier a fortement augmenté. Nous sommes passés de 30 à 40 cas en moyenne par jour jusqu’à mercredi dernier à une augmentation soudaine de 90 cas par jour en fin de semaine dernière qui s’est encore amplifiée durant le week-end dernier au cours duquel près de 500 cas ont été détectés. Nous avons franchi la barre des 1000 cas actifs cette semaine.

Nous déplorons malheureusement 14 victimes depuis le 10 septembre, essentiellement des personnes vulnérables, et nous avons une pensée pour leurs familles et leurs proches.

Le constat est clair : la circulation du virus s’est accélérée considérablement depuis un peu plus d’une semaine.

De plus en plus de personnes sont hospitalisées et le virus tue.

Aussi les autorités sanitaires ont décidé de passer au Stade 4 du plan COVID FENUA, même si nous n’avons pas à ce jour de saturation de l’offre de soins. Je rappelle que les critères sont : les taux de circulation du virus et la disponibilité en offre de soin.

Aujourd’hui, 61 personnes sont hospitalisées dont 10 personnes en réanimation COVID. Je rappelle que nous pouvons aller au maximum jusqu’à 200 places en hospitalisation simple et 60 places en réanimation. Toutefois nos capacités humaines et matérielles pourraient atteindre leurs limites et sont désormais engagées dans une véritable « course de fond » de plusieurs mois.

Nous avions pris des mesures depuis mi-août, renouvelées en renforcées en septembre :

  • déclaration préalable pour tous les rassemblements organisés de plus de 10 personnes sur la voie publique ;
  • interdiction des rassemblements informels de plus de 10 personnes ;
  • fermeture des discothèques et boîtes de nuit ;
  • mesures sanitaires dans les restaurants et débits de boissons ;
  • port du masque obligatoire dans certains espaces publics.

Ces mesures correspondaient à la situation d’une reprise de l’épidémie dans laquelle il fallait contenir les foyers de contamination.

Mais aujourd’hui, a situation est différente. L’accélération de la contamination nécessite un renforcement de ces mesures afin de casser cette dynamique et les chaînes de contamination.

Aujourd’hui, il est possible de dire que les règles sur notre territoire, les mesures de protection, sont globalement respectées. Cependant il est indéniable que les gestes barrières ne sont pas systématiquement appliqués. C’est ce côté systématique qui est nécessaire. Peut-être par lassitude, parce que souvent les personnes porteuses du virus n’ont pas de symptômes visibles, parce qu’on pense que ce virus ne peut toucher que les autres. Et pourtant la maladie circule toujours plus.

Le dispositif national, présenté par le Président de la République le 14 octobre va être précisé par décret dans les prochains jours et va nous permettre de renforcer notre dispositif. Ce cadre national va renforcer nos capacités d’action.

Comme l’a dit le Président de la République, la situation de chaque territoire est différente et l’organisation n’est pas la même. C’est pourquoi, nous déclinerons localement l’application de l’état d’urgence sanitaire décrété au niveau national, en concertation avec le Pays et les communes.

C’est pour cela que le mesures que nous allons annoncer ensemble, Pays et Etat, vont vous être décrites. A chaque fois, j’insiste sur le pilotage en commun.

En effet, les foyers de contaminations se concentrent essentiellement sur Tahiti et Moorea, même si nous avons des cas dans les archipels (un peu plus d’une vingtaine de cas), et il importe de préserver la situation des archipels au cœur de nos préoccupations.

Nous allons donc nous engager dans une nouvelle étape de lutte contre le virus qui va nous mobiliser collectivement et individuellement.

Dans ce contexte, notre objectif est double depuis le début :

- protéger les plus fragiles et ne pas saturer l’offre de soin. C’est cette priorité sanitaire qui nous guide.

- ne pas mettre notre société et notre économie à l’arrêt en maintenant les écoles ouvertes, en préservant nos emplois et et éviter la faillite d’entreprises déjà en difficulté. Nous devons tout faire pour éviter le reconfinement général.

Il existe beaucoup trop d’occasions pendant lesquelles les personnes n’appliquent pas ou mal les gestes barrière, ne portent pas le masque, continuent à se rassembler sans prendre les précautions nécessaires. Cela doit être un réflexe.

Je le rappelle, ce sont ces contacts rapprochés qui créent un risque important de contamination et de dissémination du virus.

Ainsi, les mesures déjà en vigueur sont maintenues et vont être complétées par un ensemble de dispositifs, qui vont concerner les lieux publics mais qui vont également impacter la sphère privée.

DANS LA SPHERE PUBLIQUE

Nous avons pris la décision d’interdire les rassemblements festifs familiaux ou amicaux qui se déroulent dans des établissements recevant du public, notamment les salles des fêtes, et que nous considérons à risque, pour lesquels les mesures barrière ne sont pas toujours respectées : mariages, baptêmes, baby shower, soirées étudiantes, évènements musicaux festifs.

Par ailleurs, nous avons décidé de procéder à une interdiction des rassemblements de plus de 6 personnes sur la voie publique, selon des modalités juridiques qui seront précisées en début de semaine prochaine.

En revanche, les rassemblements professionnels et scolaires demeureront autorisés.

J’indique également que les rassemblements aux fins de jeux de bingos et combats de coqs seront interdits. Nous avons constaté une source de contamination très forte ces dernières semaines à l’occasion de ces rassemblements.

Dans les établissements sportifs, qui pour certains sont des espaces clos à forte promiscuité, nous rappelons qu’il est impératif de respecter les protocoles sanitaires pour  lesquels les fédérations et associations sportives se sont engagées et qu’il est de leur responsabilité de les faire appliquer.

Le Ministre chargé des Sports a contacté les structures concernées pour s’assurer du respect de ces règles.

Ainsi, il leur appartient de réduire de 50% le nombre d’utilisateurs  présents ou  la taille des groupes par séance et de réserver un espace de 4 m2 pour chaque participant.

En lien avec le Pays, nous veillerons avec la plus grande vigilance à leur strict respect.

Par ailleurs, l’ensemble des compétitions sportives devront désormais se tenir à huit clos (sans spectateurs).

Je rappelle que dans les bars et les restaurants, les clients doivent impérativement consommer assis, avec une distance d’un mètre entre les personnes regroupées autour chaque table, ne pas se regrouper et porter le masque lors de leurs déplacements.

Les tables devront désormais être limitées à 6 personnes.

Pour les évènements de type salons, foires et autres rassemblements organisés, je sais que les organisateurs font le maximum pour assurer la protection sanitaire des visiteurs.

Désormais, l’accueil du public ne sera permis que si le nombre de personnes présentes permet de réserver à chacune une surface de 4m2. Il faut éviter la promiscuité, l’entassement.

Dans les transports publics, avion, bus, bateau, je rappelle que le masque est strictement obligatoire.

La aussi, parfois, même si cette mesure est globalement respectée, les gestion barrières sont oubliés. Et pour éviter ce phénomène, les snacks à bord des navettes maritimes seront fermés et les contrôles seront renforcés dans tous les transports publics.

Le milieu professionnel est également propice à la contamination, à la diffusion du virus. J’appelle les dirigeants de ces établissements à leur responsabilité pour faire respecter les gestes barrières au sein de leur structure, dans les espaces communs, lors de réunions ou de moments de pauses. Nous sommes tous concernés y compris dans les administrations.

Concernant les commerces, je rappelle que le port du masque est obligatoire et les gérants doivent organiser les lieux en appliquant les mesures sanitaires en vigueur.

Dans l’ensemble, ces mesures sont respectées. Mais j’appelle les dirigeants, en responsabilité, à poursuivre l’application stricte de ces mesures nécessaires à la protection de leurs clients.  

Les mesures déjà mises en œuvre par les confessions religieuses seront maintenues. Avec le Pays, nous consulterons leurs responsables pour voir avec eux, dès lundi prochain, comment renforcer les mesures sanitaires pendant les offices. Il est primordial de sécuriser l’accueil des fidèles et de leur famille.

En ce qui concerne les veillées funéraires, les participants devront désormais se limiter à des groupes de 10 personnes maximum, chaque groupe étant susceptible d’assister l’un après l’autre à la veillée.

Je terminerai l’énumération de ces mesures en évoquant la question du couvre-feu. Je sais que cette disposition est souhaitée par de nombreux élus et habitants du fenua parce qu’elle permet de limiter les rassemblements pendant la nuit. Je dois cependant attendre la parution du décret relatif à l’état d’urgence sanitaire pour en connaître les modalités d’instauration.

Le Président de la République a annoncé que cela s’appliquait à un certain nombre de territoires, il s’agit des grandes métropoles urbaines de l’hexagone. Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans cette liste. Nous allons voir dans quelles conditions et cela suppose un dialogue avec le Pays et les tavana pour déterminer si une telle mesure sera possible.

Concernant l’ensemble de ces mesures, nous avons décidé avec le Président de la Polynésie française de les rendre applicables jusqu’au 25 novembre inclus. Un arrêté sera pris en début de semaine prochaine après la parution du décret relatif à l’état d’urgence sanitaire. Si d’ici le 25 novembre, il y avait d’autres décisions à prendre, elles seront prises, tout ceci peut être revu dans un sens ou dans un autre.

 

 

 

 

DANS LA SPHERE PRIVEE

Ces mesures prises dans la sphère publique ne pourront pleinement fonctionner que si les mêmes règles sont appliquées dans notre cercle privé.

Nous devons garder à l’esprit que le virus continue à circuler et ne s’arrête pas à notre porte. C’est une évidence, mais souvent on peut être rassuré par le fait de se retrouver entre amis, en famille et que le virus ne circule pas, mais il faut rester vigilant.

C’est pour cette raison que les rassemblements informels de plus de 10 personnes restent interdits. Aller à la plage en nombre trop important, participer à un pique-nique en groupe dans un parc, se regrouper sur les motu, faire un bingo, c’est prendre le risque de se contaminer et de ramener le virus chez soi et à son tour de contaminer ses proches.

En famille, entre amis, nous ne sommes pas à l’abri de transmettre le virus à notre insu. Et pourtant non, le virus est bien là.

Cette vigilance est d’autant plus nécessaire qu’à l’approche des vacances de la Toussaint de nombreux déplacements dans les îles pourraient engendrer une augmentation du nombre de cas.

En vacances, le virus sera toujours là, il nous faut donc redoubler d’effort en changeant les comportements. Je le sais, c’est un sacrifice, nous l’avons dit régulièrement, c’est changer nos habitudes, c’est se priver de moments agréables, de moments conviviaux. C’est donc un sacrifice mais il est nécessaire ; c’est dans l’intérêt de nous tous.

Je tiens également à rappeler ici le rôle important dans cette crise des  Tavana et de leurs plans communaux de sauvegarde (PCS) dès la fin du mois d’aout. Ils agissent au quotidien, au plus près de la population, mettent en œuvre et accompagnent leurs populations dans cette période difficile.

J’ai tenu la semaine dernière une réunion avec les responsables des PCS de Tahiti et je remercie les communes, maillon essentiel dans la lutte contre l’épidémie, pour leur fort engagement.

Notre objectif commun est de cibler les quartiers sensibles qui sont de véritables zones d’action prioritaire.

Là aussi, il s’agit de protéger les plus fragiles qu’il s’agisse des personnes âgées, des personnes malades (diabète avec un fort taux de prévalence sur le territoire).

Pour cela, les communes qui mobilisent déjà leurs mutoi et intervenants sanitaires dans le cadre des plans communaux de sauvegarde, sont appuyées par la Pays au travers des emplois aidés (CAE) et par les policiers et les gendarmes.

Des masques ont été mis disposition par le Pays et l’Etat pour la population. Cette mobilisation sera toujours un volet important de l’ensemble des communes, des élus, des associations. Il s’agit de mailler le territoire pour assurer cette mobilisation de tous.

En ce qui concerne les forces de sécurité, ma priorité, je l’ai déjà dit, n’est pas la verbalisation. Toutefois, force est de constater que des comportements inappropriés sont encore fréquents. Ce n’est pas acceptable, qu’il s’agisse de comportements individuels ou de manquements de responsables d’établissements commerciaux.

J’ai donc demandé aux forces de l’ordre de renforcer les contrôles et de sanctionner les manquements les plus graves. Très présentes ces dernières semaines et ce weekend encore, elles seront encore plus présentes.

Toutes les mesures que nous prenons aujourd’hui ne pourront être efficaces que si nous les respectons tous collectivement.

Je le rappelle, nous devons travailler plus que jamais ensemble pour nous protéger dans les différentes composantes de notre vie.

Aussi, avec le Pays nous entamerons dès lundi un dialogue avec les tavanas et les acteurs socio-économiques pour faire un point de situation et réfléchir ensemble aux modalités de lutte contre l’épidémie.

J’en appelle aujourd’hui solennellement au sens des responsabilités de chacune et chacun d’entre vous, en tant que citoyen, en tant que chef de famille, en tant que chef d’entreprise, en tant que responsable d’associations. Dans toutes les composantes de notre vie, de nos activités, nous devons avoir cette préoccupation du virus pour éviter sa propagation, éviter que cela touche les personnes fragiles, éviter les hospitalisations, éviter les décès supplémentaires.

Nous sommes engagés dans un combat face à ce virus, un combat qui s’installe dans le temps et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons.

Portez vos masques, lavez-vous les mains régulièrement, respectez les distanciations sociales, quand vous ressentez des symptômes signalez-vous et isolez-vous. Respectez les autres.

Nous devons faire preuve d’un engagement de tous les instants.

Je sais pouvoir compter sur vous.

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